Lorsque la Vie me fait rencontrer un Arbre exceptionnel déraciné ou en fin de vie, je lui propose de démarrer une deuxième Vie afin qu’il puisse apporter sa présence de sagesse aux humains.  

Installés sur mon chantier, debout pour la plupart, les « Arbres en transition » constituent comme une forêt de « gardiens »…
Ils commencent par être les témoins énergétiques de la transformation de leurs homologues…

Et puis, l’un après l’autre, ils m’appellent pour être transformés.
Il faut d’abord les déshabiller. Enlever l’écorce à l’écorçoir manuel est un travail physique mais qui me permet d’entrer en contact avec l’Arbre. Ses formes cachées se révèlent, ses courbes, ses blessures… l’Arbre s’offre et se révèle sans pudeur aucune.

Ensuite, suivant l’état de ses blessures, il faut enlever l’Aubier. L’Arbre veut révéler son cœur. Il se défait de ses couches superficielles. Une a une, les protections tombent. Je ne peux m’empêcher d’y voir le parallèle avec le travail de conscience qui nous amène à nous débarrasser de nos croyances limitantes.

Une fois nu, l’Arbre révèle toute sa puissance. Son champ d’expansion s’amplifie… C’est le moment de « voir » et « d’écouter ». Je m’éloigne, je tourne autour… J’admire… j’observe… j’écoute… Parfois cela dure plusieurs jours… Je fais autre chose, feignant ne plus m’intéresser… Et puis l‘évidence arrive. Ce n’est pas moi qui trouve la forme, celle-ci se révèle…  C’est elle qui me trouve…

Alors, je dessine… les crayons s’activent, les gommes s’échauffent… Le dessin reste superficiel, il me donne juste des notions de ce qui va se passer… Pour la suite, j’entre dans le silence de mon casque anti bruit…

Les Tronçonneuses virevoltent. La matière s’anime. Le vide réclame son dû… Emporté par le dialogue avec l’Arbre, je ne vois pas passer les heures… Bien souvent, c’est à l’éclairage de ma frontale que se termine la journée.

Après avoir enlevé la matière initiale, les formes s’affinent… Creuser à l’intérieur d’un Arbre peut se révéler un jeu de patience. L’énergie de l’Arbre m’aide à dépasser la fatigue musculaire. Après plusieurs jours, la tronçonneuse, soudain, se tait.

Elle laisse alors la place aux meuleuses.  La plupart des formes sont là. Il ne reste plus qu’à les affiner… Le ponçage est un labeur vertueux d’affinage de l’œuvre.
Les heures passent, les jours défilent. Je vois dans les meuleuses des milliers de petits alliés qui arrachent des particules de matière de plus en plus fines…

Les ponceuses prennent la suite. Elles affinent peu à peu le travail.
L’Arbre, guéri de ses blessures, amplifie sa résonnance…

Il me souffle des mots, je les couche sur le papier… Ce que vous découvrez en est le résultat.